Cet été, j’ai profité des vacances pour repartir visiter les musées et monuments historiques qui font l’histoire. J’ai décidé de prendre la route vers le Nord, à la découverte de nouveaux ouvrages encore existants et qu’on peut encore heureusement visiter. J’avais déjà fait un grand nombre de musées en Normandie en 2025 (le Normandy, Victory Museumla Batterie de Maisy ou le Grand Bunker à Ouistreham. J’avais beaucoup aimé et j’ai déjà partagé mes expériences.

L’idée reste de fouler une terre d’Histoire, une terre marquée par le sang versé et les histoires qui nous dépassent. Alors je partage sous forme d’article mon ressenti et le point du vue côté visiteur : je raconte mes visites. Me voilà désormais du côté de Calais pour explorer plusieurs musées d’envergure, comme La Coupole & le Planétarium 3D, la Batterie Todt ou le musée de l’Opération Dynamo.

Et dans ce périple, je me suis aventuré dans les ouvrages allemands. J’ai déjà pu faire la Batterie Todt ou la Coupole, mais cet article va parler du sinistre projet du « canon à charges multiples » ou aussi appelé V3, ayant pris place dans la Forteresse de Mimoyecques. Destiné à bombarder massivement Londres, ce canon gigantesque ne fut jamais mis en activité. Nous allons explorer ce projet, l’un des plus importants d’Hitler, à travers les tunnels que propose la visite.

Les armes miracles dans le Troisième Reich

Nous sommes en 1943 quand le vent commence à tourner pour l’Allemagne nazie. Défaite à l’Est devant Stalingrad et en perpétuel recul en Afrique devant les Britanniques, la Wehrmacht peine à tenir les fronts de plus en plus tendus. Les défaites s’accumulent et les nazis doivent trouver des moyens de redresser la barre. Hitler pense alors avoir trouvé une solution pour répondre aux mauvaises nouvelles du front, grâce à ses « armes miracles » ou « Wunderwaffen ». Cette dénomination désigne toutes les armes avant-gardistes, totalement nouvelles et révolutionnaires qui auraient la capacité par leurs seules utilisations à renverser le conflit mondial en cours en faveur de l’Allemagne. Et pour cause, il y croit dur comme fer et investit massivement dans le domaine.

Nous pouvons citer par exemple les armes Fi 103 ou V1, la première bombe volante et le premier missile de croisière de l’histoire de l’aéronautique, ainsi que son successeur, le premier missile balistique de l’histoire ou V2 / A4, qui furent des projets réalisés et fonctionnels durant la guerre.

Un V1

L’efficacité de ces armes était médiocre en raison de leur imprécision, avec des points d’impact variant de plusieurs kilomètres et une charge explosive relativement faible au même titre que les V1. L’investissement était trop élevé pour le résultat final. Malgré tout, le V2 en particulier n’a pas changé le cours de la guerre, mais a profondément marqué les esprits et a montré l’inhumanité de cette arme développée pour tuer et détruire son adversaire à tout prix. Il a marqué un tournant dans le développement d’armes pour les années futures.

Bauwerk 711

Il y eut également un autre prototype développé après le V1 et le V2, moins connu, mais technologiquement tout aussi ambitieux : le « canon à charges multiples » ou V3. Il ne ressemble en rien à ses prédécesseurs. L’objectif restait le même : terroriser, frapper et, à terme, détruire totalement la ville de Londres spécifiquement. Il fallait donc construire pour cette arme une place forte pour la protéger et en même temps assez proche de la côte.

C’est l’Organisation Todt, l’organisation déjà derrière le Mur de l’Atlantique et la Batterie Todt, qui sera en charge de construire cette forteresse. Il faut attendre milieu 1943 pour que le projet fut appelé « Wiese » (prairie) et « Bauwerk 711 » (site de construction 711) et que les travaux de construction commencèrent dans le Nord, non loin de Mimoyecques, à Landrethun-le-Nord.

Le site est important car il est à 160 km de Londres, idéal pour atteindre la ville mais aussi par sa colline de 158 m de haut constituée principalement de calcaire, matériau à la fois solide et facile à excaver, simplifiant grandement la construction. On dénombre plus de 1000 travailleurs forcés qui ont construit un réseau de souterrains et de galeries menant vers 5 puits et 5 canons distincts, comptabilisant environ 120 000 m³ de béton.

La construction et le projet porteront plus tard le nom de « canon de Londres » et désigne l’ensemble des installations souterraines autour des 5 batteries de 5 canons géants à charges multiples (en tout 25 canons) et sa logistique.

Le concept du « canon à charges multiples »

Aussi appelé V3, ou Hochdruckpumpe pour « pompe à haute pression », cette arme devait pouvoir frapper l’Angleterre par un système novateur et complexe pour l’époque avec des munitions révolutionnaires, pouvant atteindre 4 fois la vitesse du son ! Il s’agit d’un canon de longue portée avec un fût d’environ 130 à 150 mètres tirant des obus flèches prenant place dans une galerie inclinée à 50° vers l’objectif à bombarder. C’est 5 batteries de 5 canons (25 canons) qui auraient dû être opérationnels à Mimoyecques.

Il s’agit donc d’un grand canon dans une grande installation et non d’une bombe, pour des obus d’environ 2 à 3 mètres. Le fonctionnement voulait qu’au passage de cet obus dans les chambres auxiliaires, des charges supplémentaires de poudre sont mises à feu pour lui donner une nouvelle poussée et augmenter sa vitesse à plusieurs reprises dans le canon jusqu’à sa sortie pour qu’il parte vite et loin. La vitesse de sortie de l’obus devait atteindre 1 500 mètres par seconde, soit 5 500 km/h, pour une portée maximale de 165 km. La conception de l’ensemble du canon est attribuée à la société Krupp.

Forteresse de Mimoyecques, le Canon de Londres

Malgré la vitesse, la forteresse devait aussi avoir une cadence élevée. On estime à 10 coups par minute soit 600 obus par heure au départ, mais ces canons étaient censés envoyer 1 500 obus par jour sur la ville anglaise. Un site adjacent aurait dû également voir le jour, devant à son tour envoyer plus de 3000 obus par jour.

Forteresse de Mimoyecques, le Canon de Londres
Forteresse de Mimoyecques, le Canon de Londres

Site à l’abandon

Cette arme de destruction aurait pu frapper les habitations londoniennes, mais le V3 n’avait pas dépassé le stade du prototype.

Malgré tout, Hitler avait donné l’ordre de construire la base et avait même validé le projet du V3 avant la fin des tests. En août 1944, tout s’arrête quand les premiers bombardements de la RAF sur le site fait rage. Dès lors, le site devient trop exposé et le canon n’a finalement jamais été utilisé. La forteresse de Mimoyecques fut désertée par les Allemands devant l’avancée des alliées et fut capturée par la 3e division canadienne le 5 septembre 1944.

Le canon V3 sera redéveloppé en version plus petit mais ne sera jamais achevé jusqu’à la capitulation de l’Allemagne en 1945. Le site quant à lui sera dynamité la même année.

La Forteresse de Mimoyecques

Intérieur

Réouverte en 1984, elle fut acquise en 2008 par le Conservatoire des Espaces Naturels du Nord et du Pas-de-Calais1. Le lieu est accessible une bonne partie de l’année !

Le lieu est accessible en voiture et il n’y a pas de file d’attente. Il y a de l’espace dans les souterrains. La visite nous emmène tout droit dans l’antre du canon de Londres, du moins ce qu’il en reste. De longs tunnels peuvent être explorés avec des affiches et des informations sur le « canon à charges multiples ». Quelques galeries sont visibles et accessibles sur environ moins d’un kilomètre. La visite est rapide et à part les informations sur les panneaux et l’ambiance générale, peu d’éléments sont présents et pas de vestige du canon en lui même non plus. On notera des stèles et une exposition temporaire sur la Résistance lors de mon passage.

Le site reste quand même très intéressant, sur un sujet peu connu et pourtant très important dans la guerre totale et la conduite de la guerre selon les nazis. Je recommande la visite, pour rester au frais, mais aussi pour les passionnés comme pour les novices !

Galeries de photos personnelles

Notes infrapaginales

  1. https://www.mimoyecques.fr/presentation-du-lieu-de-memoire ↩︎

Sources


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