Cet été, j’ai profité des vacances pour repartir visiter les musées et monuments historiques qui font l’histoire. J’ai décidé de prendre la route vers le Nord, à la découverte de nouveaux ouvrages encore existants et qu’on peut encore heureusement visiter. J’avais déjà fait un grand nombre de musées en Normandie en 2025 (le Normandy, Victory Museumla Batterie de Maisy ou le Grand Bunker à Ouistreham. J’avais beaucoup aimé et j’ai déjà partagé mes expériences.

L’idée reste de fouler une terre d’Histoire, une terre marquée par le sang versé et les histoires qui nous dépassent. Alors je partage sous forme d’article mon ressenti et le point du vue côté visiteur : je raconte mes visites. Me voilà désormais du côté de Calais pour explorer plusieurs musées d’envergure, comme La Coupole & le Planétarium 3D, la Batterie Todt ou le musée de l’Opération Dynamo.

Et dans ce périple, je me suis aventuré dans les ouvrages allemands ! Cet article va parler d’une grande batterie côtière encore debout : la Batterie Todt à Audinghen.

Les batteries et le Mur de l’Atlantique

La France capitule et est occupée depuis 1940 par les Allemands. Les côtes sont alors occupées et deviennent vulnérables au fur et à mesure que la guerre se poursuit. Mais la guerre est ailleurs pour le moment, car la Bataille d’Angleterre fait rage mais n’aboutira pas, forçant Hitler a faire plier l’île d’une autre manière. Il décide alors de s’enfoncer en URSS durant l’Opération Barbarossa à partir du 22 juin 1941, espérant une capitulation soviétique rapide qui leur permettrait une paix calculée avec les Britanniques.

Mais cette opération d’immense envergure monopolise à l’Est une très grande partie de la Wehrmacht, tandis qu’à l’Ouest l’Angleterre est toujours en guerre et continue de combattre malgré qu’aucune offensive allemande n’est prévue. Pour le haut commandement, il faut sécuriser ces côtes le temps de s’imposer en URSS pour de bon avec la Blitzkrieg. Cette réflexion pose alors les premières bases d’une occupation qui va durer et se prolonger dans les pays occupés par la création dur Mur de l’Atlantique, une gigantesque ligne de fortifications (canons, batteries, défenses anti-aériennes…) s’étendant de la Norvège jusqu’en Espagne.

La Batterie Todt fait partie de cet ouvrage, à l’image de plusieurs autres batteries1 disséminées sur toute les côtes françaises du Mur (Batterie de Maisy, Batterie Lindemann…). La batterie servira à protéger les côtes comme attaquer et dégager la Manche de navires de guerres alliés, dans l’idée d’un débarquement allemand sur les côtes anglaises qui devait avoir lieu (Opération Seelowe), mais qui ne fut jamais réalisé. Son utilisation changera au fur et à mesure que le repart de force se stabilise et se changera.

La Batterie Todt

Nous nous situons à Audinghen, dans le 62, juste en face du Cap Gris-Nez. La batterie fut construite le 10 février 1942 en grande partie à cause de sa proximité directe avec l’Angleterre : seulement 29 kms sépare le Cap Griz-Nez de Douvre, ce qui en fait une position forte intéressante.

La batterie s’intègre dès lors dans l’écosystème des batteries offensives du Pas-de-Calais comprenant la Batterie Lindemann, la Batterie Grosser Kurfürst ainsi que la Batterie du Cap Gris-Nez non loin de sa position. En effet, le personnel ainsi que la batterie ne sont pas rattachés à la Wehrmacht mais bien à la Kriegsmarine, il s’agir de marins.

C’est donc un bataillon marin, le 242ème bataillon d’artillerie côtière MAa 242, qui s’occupe de la construction et le capitaine de corvette Klaus Momber prend son commandement. Au départ nommée Siegfred, la Batterie changea de nom pour prendre celui de Todt, un ingénieur allemand des fortifications quand il mourut dans un crash d’avion en 1942.

Visite de la Batterie Todt et de son canon K5 à Audinghen

Quant à l’ouvrage, ce dernier se dresse face à l’Angleterre avec 4 imposantes pièces d’artillerie de 380 mm (nommées Numéro 1 / 2 / 3 / 4) en casemates pouvant tirer 6 obus de 800 kilos par heure, jusqu’à 42 kilomètres à une vitesse de 820 mètres / seconde, de quoi atteindre aisément l’Angleterre. Chaque canon de 380 mm est servi par 18 marins et un officier. Pour protéger cette arme redoutable, les Allemands ont renforcé les alentours avec des mines, des barbelés électrifiés, des positions antichars et des tobrouks, comme il est présent sur le Mur de l’Atlantique. Environ 1 800 marins et soldats défendent alors le secteur du cap Gris-Nez et tout semble aller pour le mieux pour défendre la côte.

Il faudra attendre le 20 janvier 1942 pour que le premier tir soit réalisé et que la batterie soit inaugurée le 10 février 1942 par Donitz, commandant en chef de la Kriegsmarine.

Visite de la Batterie Todt et de son canon K5 à Audinghen

Entrée en service de la Batterie Todt

Le 12 février 1942, soit 2 jours après son inauguration, la batterie réalise un tir de contre-batterie afin de protéger le passage des cuirassés allemands Gneisenau, Scharnhorst et Prinz Eugen le long des côtes. Elle est donc pleinement engagée dans la guerre et le rôle de ces canons fut aussi bouleversé : offensifs au départ, ils devinrent vite défensifs car Hitler pensait qu’un débarquement allié aurait lieu dans le Nord de la France.

Visite de la Batterie Todt et de son canon K5 à Audinghen

Après le Débarquement allié, la batterie continue de jouer un rôle important dans la défense du littoral. Mais c’est le 29 septembre 1944 qu’elle fait face à l’une des attaques alliées les plus importantes de son histoire et mènera à sa neutralisation. À cette date, la 3e Division d’infanterie canadienne, commandée par le lieutenant-colonel D. F. Forbes, se prépare à attaquer la batterie après la libération de Boulogne-sur-Mer.

Le 29 septembre 1944, l’attaque débute à 6h35, se poursuit et les Britanniques sont devant la casemate pour demander la reddition de la garnison. A partir de 10h30, les drapeaux blancs apparaissent : la batterie Todt se rend, faute de solution. La pièce n°2 fut la dernière à tirer, alors que les Canadiens étaient déjà au-dessus de la casemate.

Visite de la Batterie Todt

Extérieur

La Batterie est encore aujourd’hui visitable et très bien entretenu par une équipe de 4 personnes ! Ce lieu de mémoire mérite un détour particulier, de part l’étonnante taille de l’édifice comme son histoire unique. Il n’y a que peu de batteries en finalité qui ont été aussi bien préservées à mon avis. Une belle boutique est aussi présente et plus variée que dans les autres musées…

Intérieur

En entrant, on tombe sur la batterie et un des 2 canons K5 Leopold encore debout (l’autre étant aux Etats-Unis). On peut monter sur ce dernier et la vue reste splendide ! Malgré que ce canon monté sur rail n’était pas dans l’ouvrage à l’époque, il est l’un des canons importants dans le dispositif défensif des côtes.

Ensuite, on est amené à faire un tour complet autour de la batterie, avec par exemple des mini bunkers pour soldat ou un Flak 88. On nous invite aussi à rentrer par le stockage des munitions et les entrées de service et à visiter ce qu’il reste de la tourelle.

Le canon a certes été démantelé, on peut tout de même visiter son emplacement initial et l’ensemble a l’intérieur a été remplacé par des canons, des véhicules, des armes de défense avec pleins d’informations vraiment intéressantes. On retrouve l’affiche sordide « Es Flogen – Gegen England », pour tous les coups tirés vers l’Angleterre…

De nombreux proverbes étaient également marqué un peu partout et on retrouve vraiment l’atmosphère des blockhaus du Mur de l’Atlantique : des ouvrages purement fonctionnels et impersonnels pour défendre une côte. Même s’il s’agit d’un ouvrage parmi tant d’autres, ce dernier m’a vraiment marqué par le travail de restauration réalisé, chapeau bas !

Le musée est très facilement visitable en une heure environ, le stationnement y fait facile et on apprend beaucoup de choses que cela soit sur l’occupation, sur l’utilisation de la batterie et sa capture finale. Je recommande vivement pour les passionnés ou les curieux, car la Batterie Todt est l’un des ouvrages les mieux conservés de la côte d’Opale…

Galerie de photos personnelles

Notes

  1. Une batterie est umplacement aménagé pour recevoir plusieurs pièces d’artillerie (canons, mortiers) qui tirent ensemble dans une même direction ↩︎

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