Visite du Blockhaus d’Eperlecques, l’immense site de lancement de V2

ArchitectureHistoire

Cet été, j’ai profité des vacances pour repartir visiter les musées et monuments historiques qui font l’histoire. J’ai décidé de prendre la route vers le Nord, à la découverte de nouveaux ouvrages encore existants et qu’on peut encore heureusement visiter. J’avais déjà fait un grand nombre de musées en Normandie en 2025 (le Normandy, Victory Museum, la Batterie de Maisy ou le Grand Bunker à Ouistreham. J’avais beaucoup aimé et j’ai déjà partagé mes expériences.

L’idée reste de fouler une terre d’Histoire, une terre marquée par le sang versé et les histoires qui nous dépassent. Alors je partage sous forme d’article mon ressenti et le point du vue côté visiteur : je raconte mes visites. Me voilà désormais du côté de Calais pour explorer plusieurs musées d’envergure, comme La Coupole & le Planétarium 3D, la Batterie Todt ou le musée de l’Opération Dynamo.

Cet article va parler du plus grand blockhaus du Nord : le Blockhaus d’Eperlecques.

Le Blockhaus d’Eperlecques et les V2

Avec 216 m de long, 95 m de large et 33 m de haut, le blockhaus d’Eperlecques est le plus grand édifice nazi du nord de la France construit durant l’Occupation. Les plans prévoyaient plus de 200 000 tonnes de béton et de 20 000 tonnes d’acier. Implanté un peu à l’écart d’Eperlecques, ce gigantesque blockhaus a été construit par la main d’œuvre locale et le STO 1en mai 1943 en pleine situation de crise.

On dénombre 3 000 à 4 000 personnes se relayant sur 12 heures tous les jours de la semaine. En effet, en 1943, le temps presse et l’Allemagne recule sur le front russe et le front africain. Les Allemands devaient trouver des solutions et les armes qu’ils développent sur le site top-secret de Peenemünde en Allemagne semble apporter des éléments de réponse.

Le blockhaus fut pensé pour produire et envoyer des armes dites miracles nommées V2, des fusées novatrices et destructrices, sur l’Angleterre, alors en proie déjà aux V1 qui ont déjà fait parler d’eux là-bas et répondre aux nombreux bombardements des villes allemandes.

Innovée à Peenemünde, le V2 succède au V1 sous le nom de A4/V2 et est le premier missile balistique de l’histoire. Le premier tir de V2 réussi fut réalisé en Octobre 1942 et sont vues comme des armes pouvant renverser la guerre, alors Hitler ordonne sa production en série le plus rapidement possible et Eperlecques va permettre de les stocker et les tirer.

Un site entièrement autonome

Il s’agissait de construire la 1re base de lancement de fusées V2 entièrement autonome : avec station électrique, gare, voies ferrées, etc…

Le site devait produire de l’oxygène liquide (-183°), disposer d’une autonomie et d’une rapidité de lancement qui permettrait de renverser la guerre. Eperlecques est donc l’un des sites les plus importants du Nord, que cela soit en taille d’édifice ou en capacité de production. Il devait accueillir plus de 100 missiles à la fois et en lancer 36 par jour avec du carburant en quantité, pour assurer s’il y a des soucis au moins trois jours de lancement sans arrêt. De la préparation au décollage du V2, le délai devait être 1 heure contre 7 en 1942. Il fallait atteindre une production en série, combiné à un lancement rapide et de masse des V2 sur les ennemis du Reich.

Blockhaus d'Eperlecques

Le site dans le Nord fut prévu pour compléter l’ouvrage du Mur de l’Atlantique et assurer la terreur outre manche. Mais le site est déjà découvert quelques mois plus tard par des clichés aériens. Le conseiller scientifique de la RAF établit un lien entre Peenemünde, les V2 et le chantier d’Eperlecques : le secret est alors dévoilé malgré que les ouvriers du chantier travaillent sans relâche. Malgré que le site fut choisi à l’écart des batteries anglaises de la côte et de la RAF, il fut très vite une cible de choix.

L’Angleterre étant particulièrement prudente, décide dès juin 1943 d’attaquer le site pour arrêter la production de ses armes qu’ils ne connaissent que peu et qui ont déjà causés de gros dégâts.

Blockhaus d'Eperlecques

Eperlecques devient trop vulnérable et sera délocalisé au Pays-Bas. Il sera abandonné et laissé aux Britanniques et aux Américains après le débarquement en septembre 1944… Il fut bombardé 25 fois et une bonne partie de l’édifice n’a pas été achevé, tandis qu’une autre partie est bombardée ou détruite.

Blockhaus d'Eperlecques

Visite du site

Extérieur

Classé Monument Historique en 1985 et ne dispose pas de subvention, le lieu est très très bien entretenu.

L’ensemble du musée dispose d’abord d’un accès dans une forêt où on trouve un wagon de déportation avec des affiches d’explication, des éléments retrouvés dans les forêts des panneaux et des affiches explicatives. Des canons et des défenses sont présentes. On y retrouve même un petit sous-marin Bieber. Ensuite le musée nous invite à faire le tour du blockhaus d’Éperlecques pour ensuite emprunter une immense porte d’entrée plus loin servant à fermer l’édifice.

Même si la plupart de la partie extérieure a été endommagée voir détruite, il reste encore cet immense amas de béton devant stocker les V2, la tour de contrôle, les galeries de transfert vers le pas de tir etc… On est très vite accueilli par une fusée V2 grandeur nature et une rampe de lancement avec son V1 !

Intérieur

Une fois à l’intérieur du blockhaus on remarque tout de suite l’immense hauteur sous plafond et les différents niveaux étant prévu pour accueillir les V2 en nombre. On y retrouve alors toutes les salles, dont la salle de production d’oxygène liquide et la salle de stockage.

Un film est projeté sur les armes miracles et des moteurs ont été montrés. L’ensemble des défis reste froid et particulièrement emprunt d’une énergie étrange… On y retrouve une représentation quasiment identique d’un V2 majestueusement posé au fond, nous faisant face.

La chose qui m’a particulièrement étonné était qu’on retrouvait pas mal d’informations techniques et essentielles sur les V1 et les V2. Beaucoup de données historiques ont également été reliées à Peenemünde, ce qui est normal, mais il est bon de le rappeler. Ils ont vraiment réussi à bien reconstituer l’ensemble et à nous donner une véritable vision de ce qui aurait était à l’époque ce bunker s’il avait été finalisé et totalement opérationnel.

Il y avait également tout au long du parcours des quiz nous permettant de tester nos connaissances, ou prendre conscience de certaines informations qui était très importantes (méthode de conception d’un V1, comment il est propulsé, construit, amené au tir…). La visite était très ludique, les informations simples à comprendre dans leur globalité. Étant donné que le sujet des V1 et V2 est déjà dans un domaine presque spatial et très moderne (par rapport à des blockhaus en Normandie par exemple), le site nous propose un aperçu réaliste et détaillé d’un des lieux les plus importants du Nord et du Reich !

Le stationnement est pratique (en face du musée), l’accès rapide et le blockhaus très intéressant à visiter, je recommande vivement pour les passionnés ou les curieux !

Galerie

Notes infrapaginales

  1. Service du Travail Obligatoire, instauré en février 1943. ↩︎

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